Chauffeur de bus tué à Bayonne : “Je ne pardonnerai jamais”, confie sa veuve avant le procès

Véronique Monguillot ne pardonnera jamais aux deux hommes qui sont à l’origine de la mort de son mari le 5 juillet 2020 alors qu’il conduisait un bus dans les rues de Bayonne. Elle témoigne alors que s’ouvre vendredi le procès des meurtriers présumés de Philippe Monguillot.

Le 5 juillet 2020, Philippe Monguillot, 58 ans, père de trois enfants, était victime d’une agression mortelle à Bayonne alors qu’il conduisait un bus dans les rues de la ville. Le procès des deux responsables présumés de sa mort se tiendra devant la cour d’assises de Pau, du 15 au 21 septembre. Les deux jeunes hommes vont devoir répondre de “violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner”. Un troisième homme, âgé de 43 ans, va aussi être jugé pour avoir logé les deux agresseurs. La veuve de Philippe Monguillot, Véronique, témoigne ce lundi sur France Bleu Pays Basque sur les “trois ans de souffrances, de survie” qui viennent de s’écouler pour elle et ses filles et dénonce la violence, “parce qu’on ne peut pas vivre comme ça (…). Les chauffeurs de bus aujourd’hui s’en vont au travail avec la boule au ventre, c’est violent partout, c’est violent par un regard, c’est violent par une parole, c’est violent par des gestes, jusqu’à la mort.”

France Bleu Pays Basque : qu’attendez-vous du procès criminel qui débute ce vendredi 15 septembre ?

Véronique Monguillot : Avec mes trois filles, nous attendons une peine exemplaire. Je veux dire que ça ne changera rien pour nous, mais il faut qu’ils soient punis vraiment par rapport à ce qu’ils ont fait, parce qu’ils lui ont ôté la vie, et ils nous ont détruit, nous quatre aussi. Ça a été trois ans de souffrances, mais ce sera toujours de la souffrance. Ça ne changera pas, ça ne changera rien pour nous.

Redoutez-vous de voir les meurtriers présumés de votre mari ?

Non, non, je n’attends rien de leur part. Ils ne sont même pas des humains. Ce sont des personnages inexistants, tout simplement. Quand on se permet de dire, lors d’une expertise psychologique, que c’est moi qui tue mon époux, que puis-je attendre ? Je peux pardonner une bêtise, je ne peux pas pardonner un massacre. Les mots sont durs, mais c’est la vérité, mon époux a quand même essayé de se relever alors que son visage était fracassé. Mais on ne lui a laissé aucune chance. Il fallait le finir. Donc que puis-je attendre ? Absolument rien.

Quels souvenirs gardez-vous de votre mari ?

C’est 28 ans de ma vie, ce n’est pas rien. C’est plus de la moitié de ma vie. C’était plein de choses, on s’est marié, on a fait des enfants, et on a beaucoup travaillé tous les deux. On n’est jamais parti en vacances. Le seul voyage qu’on a fait, c’est notre voyage de noces en 1995. Après, on a privilégié la vie de famille, on s’est dit que quand il allait être à la retraite, on allait enfin penser à nous et sillonner la France. On ne nous a pas laissé le temps. Je me souviens de notre rencontre. Je l’ai dragué, j’avais une petite moto, je l’avais repéré. J’avais 24 ans je crois, ou 25, je ne sais plus trop. Je l’ai suivi. Je m’en rappellerai toute ma vie. Je lui ai dit : “Bonjour monsieur, excusez-moi, mais je n’ai pas d’argent pour prendre le ticket, est-ce que je peux monter ?”. Et il m’a regardé avec un sourire qui en disait long. Et du coup, je suis montée. Il m’a dit : “Ce n’est pas grave, vous pouvez monter”, et on a commencé à discuter au niveau de la cabine.

Et la journée du 5 juillet 2020 ?

La matinée était belle, il faisait beau et chaud. On a pris notre petit café dehors, dans notre jardin. On discutait, mais je sentais qu’il n’avait pas envie d’aller au travail. Il y est allé parce qu’il a remplacé quelqu’un, mais il ne devait pas travailler ce jour-là. Il mangeait sa madeleine dans la cuisine. En me regardant, il est venu me faire un bisou. Il m’a dit : “À ce soir ma chérie !”. Il avait toujours des mots doux de toute manière. C’est beau dans un contexte qui est terrifiant.Véronique Monguillot brandit une photo de son couple lors du départ de la marche blanche en hommage à son époux, Philippe, le 8 juillet 2020.

Véronique Monguillot brandit une photo de son couple lors du départ de la marche blanche en hommage à son époux, Philippe, le 8 juillet 2020. © Radio France – Céline Arnal

Une immense marche blanche s’est déroulée dans les rues de Bayonne quelques jours plus tard, quels souvenirs en gardez-vous ?

C’est incroyable ce soutien qu’on a eu. Et du coup, ça nous a fait chaud au cœur. Mais on est toujours dans une détresse constante. On lui a promis qu’on irait jusqu’au bout, sur son lit de mort. Mais je lui ai dit tous les jours, tous les jours, tous les jours, j’irai jusqu’au bout pour toi et pour nos enfants, pour nos filles. C’est ce que je suis en train de faire malgré la détresse, malgré mon désarroi, malgré l’envie de ne rien dire. Mais je garde cette promesse pour lui, parce que je me dis que quelque part, peut-être qu’il me voit. Mes filles sont comme moi. Elles s’accrochent et elles souffrent terriblement. Mais je garde tout. Je garde son sourire, je garde sa voix. Vous savez, dans mon téléphone, j’ai un message vocal qu’il m’a laissé peu de temps avant de partir, avant de trouver la mort. Je l’écoute en boucle. Je garde le souvenir de quelqu’un de joyeux, de quelqu’un d’heureux. Même si on a eu des galères, comme dans toutes les familles. Même si dans notre couple, ça n’a pas toujours été rose. Mais on s’est accroché.

Une association a été créée au nom de votre mari, c’est sans doute une aide importante ?

Cela m’aide beaucoup de me retrouver entourée. Il y a beaucoup d’anonymes, que ce soit à Bayonne, dans le sud-est de la France, dans le nord, dans l’est ou à l’ouest. Ce sont des gens qui sont rentrés dans ma vie il y a trois ans, que j’ai acceptés bien évidemment, en fait, je ne suis pas trompée. Ils m’ont tendu la main et ils sont encore là. Ce sont eux qui m’aident à être debout. Ça vaut tout l’or du monde, quoi. Je tiens à eux. Vraiment énormément.

 

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