Tour de France : quand le peloton s’arrêtait au milieu d’un Pau-Bordeaux… pour boire des bières

Le 24 juillet 1935, Julien Moineau gagnait l’étape Pau-Bordeaux, avec plus de 15 minutes d’avance. Le peloton s’était tout simplement arrêté sur le chemin pour boire des bières.

“C’était une autre époque, rien à voir avec ce qu’on connaît aujourd’hui avec les équipes, la rigueur, la tactique”, prévient Christian Bibal. Le journaliste qui travaille pour France Bleu et Sud-Ouest, bible du cyclisme, nous raconte cette anecdote qui a marqué l’histoire du Tour.

Le 24 juillet 1935, Julien Moineau, régional de l’étape, remportait l’étape Pau-Bordeaux avec plus de 15 minutes d’avance sur le peloton. “Il avait bien calculé son coup”, explique Christian Bibal. “Le Piaf, comme on le surnommait, avait tenté une première échappée dans les Landes, mais il avait été repris par des coureurs belges. Et puis, arrivé au Barp, à une soixantaine de kilomètres de Bordeaux, des gens qu’il connaissait, des amis des Landes, s’étaient mis au ravitaillement avec des bières. Il est arrivé le premier, a pris sa bière, l’a jetée et est reparti. Les autres se sont arrêtés.”

“Il faisait chaud, ils avaient soif”

Un stratagème qui parait impensable aujourd’hui. Mais Christian Bibal relativise : “Il faisait chaud, ils avaient soif. Et il n’y avait pas de ravitaillement organisé comme aujourd’hui. Ils étaient seuls.” Et la chasse à la canette était devenue un sport dans le sport. “On voyait même des coureurs, à cette époque-là, dans ces longues étapes, s’arrêter dans les habitations pour demander à boire, boire un coup et repartir.” Certains bistrots étaient même dévalisés par le peloton, qui se servait et partait (souvent sans payer).

Il faut savoir que jusque dans les années 60, l’alcool n’était pas interdit sur le Tour. Les coureurs en usaient et en abusaient lors des étapes, car ils considéraient la bière ou le vin, comme plus “sûrs” que l’eau, notamment dans les campagnes. L’alcool était également utilisé comme un anti-douleur. Christian Bibal souligne la difficulté de la Grande boucle à l’époque : ” La période, on l’a appelé l’époque héroïque. Et les coureurs étaient surnommés “les forçats de la route”.”

En tout cas, ce ravito-bières a suffi pour faire gagner l’étape à Julien Moineau. Et celui qui a longtemps vécu sur le Bassin d’Arcachon tenait à la remporter. Il était déjà monté en haut du podium lors de deux étapes du Tour (en 1928 et 1929). Mais le coureur n’était pas un poids lourd du cyclisme. “Il s’était retrouvé propulsé des “Touristes routiers” à l’équipe de France à la faveur de l’accident de voiture de son collègue et ami Antonin Magne.” Le journaliste souligne également que Julien Moineau avait fait, sur cette étape, le choix d’un gros braquet. “À chaque tour de pédale, il parcourait 7 mètres. Il avait un braquet énorme.”

Des coureurs obligés de s’arrêter

Et puis ces étapes entre les Pyrénées et Bordeaux, étaient des étapes de transition, avec de longues lignes droites. “Les grands leaders n’étaient pas intéressés”, explique Christian Bibal, qui égrène les raisons pour lesquelles Julien Moineau a réussi à s’imposer.

Enfin, à l’époque, les vélos n’avaient pas de dérailleurs, qui seront autorisés sur le Tour de France seulement deux ans plus tard, en 1937. “Les cyclistes étaient obligés de s’arrêter pour changer le pignon fixe”, rappelle le journaliste et organisateur de la compétition cycliste l’Essor basque.

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *